Village Bassari
Notre camion nous entraine aux frontières du Sénégal , de la Guinée et du Mali à la rencontre du peuple Bassari. Aujourd'hui quelques milliers à peine, ces chasseurs-agriculteurs sédentaires se sont réfugiés autrefois dans les contreforts escarpés des Fouta Djalon pour échapper à l'invasion des Peuls. Prévenus de notre arrivée par une voie mystérieuse (il n'y a pas ici de téléphone, ni fixe ni portable) tout le village nous attend. C'est la fin de la journée.
Il n'y a aucun village à l'horizon. Nous nous demandons d'où viennent tous ces gens. Bientôt ils nous entrainent sur un chemin escarpé.
Les villageois remontent des charges variées et souvent très lourdes : du bois, de l'eau et le sac de riz que nous avons offert.Le chemin est à peine marqué entre les blocs de roche.Les femmes s'arrêtent pour souffler de temps en temps.
Après une rude ascension, nous débouchons sur une cuvette qui cache le village. Une situation privilégiée pour échapper aux envahisseurs mais un handicap pour la vie de tous les jours. Le puits et les champs sont en bas et il faut faire chaque jour d'épuisants va et vient. En période de récolte, les hommes restent dormir en bas pour garder leurs champs contre les pillards. La sécurité n'est pas assurée. Régulièrement des voleurs de bétail franchissent la frontière de la Guinée Konakri toute proche pour opérer des razzia en pays bassari.
Nous avons rencontré Angèle une veuve courageuse qui se démène pour que ses enfants poursuivent des études.
Elle cultive seule le plus grand jardin du village et s'est lancée dans l'industrie touristique à son échelle : elle vend des colifichets traditionnels.Mais les touristes ne se bousculent pas dans ce coin perdu et comble de malheur le prêtre français qui avait en charge le village a été remplacé par un polonais. Son carnet d'adresses est moins riche et il ne distribue plus aussi généreusement les bourses d'études.
C'est là que je mets le doigt sur la pauvreté de l'Afrique. Ces paysans parviennent à vivre en autarcie, mais ils n'ont pas d'argent pour accéder à notre monde : éducation et santé sont pour eux inaccessible.
Ironie de l'histoire, un village d'éleveurs Peuls s'est installé en bas de la colline. Le mode de vie des Bassaris est aujourd'hui bien menacé. Ils ont déjà renoncé à leur religion animiste pour devenir chrétiens (du moins officiellement) Un tourisme responsable et maitrisé pourrait leur apporter un avenir à condition qu'ils puissent en être les maîtres et qu'ils ne vendent pas leur âme.
Les Peuls musulmans méprisent les Bassari parce qu'ils vont nus, ce qui n'est plus tout à fait exact.