rencontres au Sénégal
Nous avons eu la chance d'être hébergés dans des familles au sein de villages isolés. C'est une expérience qui nous a marqués à jamais. C'était notre premier voyage en Afrique sub-saharienne.Nous arrivions avec l'image reflétée par les médias: misère, bidonvilles et insécurité. Pour ce qui est des villes que nous avons rapidement traversées, il est certain que le spectacle n'est pas réjouissant : égouts à ciel ouvert, rues boueuses couvertes d'ordures, surpopulation, mendicité et tôles rouillées.
A la campagne (ici on dit en brousse), c'est un tout autre spectacle.Nous avons trouvé des paysans vivant en communautés solidaires, fiers de leur mode de vie. Quelque part dans l'intérieur du Siné-Saloun (je serais bien en peine de dire où, le camion qui nous conduisait ayant roulé pendant des heures sur des pistes poussiereuses au milieu de nulle part) nous avons été adoptés par une famille déjà très nombreuse.
Madeleine, la mère et une de ses filles
Le père,
deux des fils
le maçon, venu construire une nouvelle case et hébergé dans la famille avec sa femme et ses enfants pendant le temps du chantier.
Quant aux enfants qui circulent librement d'un enclos familial à l'autre, il est bien difficile de savoir à qui ils sont.
La récolte de mil a été bonne. Il y encore de l'eau aux puits en plein coeur de la saison sêche. Les hommes s'occupent à de petits travaux d'entretien et à l'arrosage des jardins. Les femmes, elles, sont au travail dès l'aube. Après le chant du coq, c'est le bruit des pilons qui réveille le village.Piler le mil, tirer de l'eau au puits, écosser l'arachide, mille tâches quotidiennes s'accomplissent en groupe dans les conversations et les rires.
Chaque famille possède un enclos (on dit une concession) composé d'une barrière circulaire au coeur de laquelle sont érigées plusieurs cases.Nous ne sommes pas vraiment dépaysés par cette organisation de l'espace qui n'est pas sans rappeler nos cours de ferme avec des crêches , des pennti et des laborenn.
Les jardins sont défendus des chèvres et des bêtes sauvages par des clotures épineuses.
Le tas de paille de mil, comme chez nous autrefois, bern foen ha bern kolo.
En fait, nous retrouvons, malgré les différences de climat et de culture une civilisation paysanne telle que nous l'avons connue en Bretagne jusqu'à l'époque de notre enfance. Et comme chez nous le français est la langue de l'école pour des enfants dont ce n'est pas la langue maternelle. Nous ne sommes pas restés assez longtemps pour porter un jugement sur l'enseignement, mais le manque de moyens nous parait criant.
Les méthodes pédagogiques sont une caricature de celles des années 50 : par coeur, répétition, récitation. Savoir lire est un passeport pour devenir fonctionnaire ou chômeur en ville. Il n'est certainement pas question de former des paysans instruits.
Ici comme ailleurs, l'école est un élément de cohésion: musulmans et catholiques, garçons et filles s'y cotoient. Mais dans le village,il n'y a aucun problème de cohabitation.