Le jardinier et le papillon (conte phytosophique)
La nature est vraiment bien faite ! Les insectes s’attaquent aux plantes, puis les oiseaux arrivent pour réguler les populations et sauver la récolte.
Sauf que dans mon jardin c’est exactement l’inverse. J’ai semé des choux au printemps. Belle réussite : semé clair, levé serré, éclairci, repiqué. C’est alors que les pigeons ramiers sont arrivés. En une semaine ils ont transformé mes choux en dentelle.
C’est parce que je n’avais pas d’épouvantail. J’ai bien un vieux jean troué usé jusqu’à la trame qui serait du plus bel effet sur un épouvantail, mais je le porte tous les jours pour travailler et je n’ai ni le temps ni la patience de rester sur place les bras écartés pour amuser les oiseaux.
J’ai quand même pu sauver quelques choux restés dans le semis.
Mais voilà qu’un papillon est passé par là. On voit de moins en moins de papillons et celui là non plus je ne l’ai pas vu. Il a pondu subrepticement quelques centaines de milliers d’œufs et voilà mes choux transformés en une dentelle si fine qu’on la dirait sortie des mains d’une bigoudène. D’un strict point de vue nutritionnel j’y gagne en taux de protéines, mais la soupe à la chenille… Beurk !
Du coup, j’ai tout arraché et jeté au compost les choux et les chenilles. Là naîtront des milliers de papillons qui copuleront joyeusement et répandront sur les centaines d’hectares de choux fleurs environnants des millions de larves voraces.
Sauf que maintenant tous les choux-fleurs sont traités à l’insecticide et que pas une n’en réchappera.
Moralité : les papillons ne sont pas plus intelligents que les humains : ils ravagent leur planète jusqu’au trognon sans tenir compte des conséquences pour les générations futures. La nature est vraiment mal faite !