ARANUI
Dans l'esprit des goëlettes d'autrefois qui ravitaillaient les îles isolées, l'Aranui dessert les Marquises. Pour les petites îles sans aéroport, c'est le seul lien avec l'extérieur. Les armateurs, une famille de chinois de Papeete, ont eu un jour l'idée de transformer un vieux cargo en y aménageant quelques cabines pour 35 passagers. L'Aranui 1 était né. Il y eut ensuite l'Aranui 2 avec 80 passagers. Les médias français, comme l'émission Thalassa popularisèrent ce voyage original. Et puis en 2003, fut lancé l'Aranui 3 pour 200 passagers et les médias toujours prets à se copier les uns les autres continuèrent à célébrer ce bateau pour "quelques aventuriers" (l'Express, septembre 2009)
En réalité, on est bien loin de l'esprit des débuts. L'ambiance serait plutôt "la croisière s'amuse" voire "les bidochons en Polynésie"
L'Aranui 1 attend dans le port de Papeete de partir à la ferraille. Et l'Aranui 3, toutes les trois semaines quitte Tahiti, les cales pleines de provisions et de tous les biens du monde moderne et les ponts remplis de croisiéristes.
Mais ne crachons pas dans la soupe! Comment se rendre à Ua Pou, à Ua Huka ou à Tahuata autrement qu'en pirogue? Seul bémol, à certaines escales les touristes sont plus nombreux que les habitants. Le pire reste à venir. L'Aranui 5 est en construction en Chine. Il embarquera 380 passagers et fera escale à Bora-Bora, à la demande des tour-opérateurs qui assurent le remplissage du navire.
S'il y a une découverte à faire à bord, c'est bien celle de l'équipage, une équipe soudée de marins polynésiens de tous les archipels, enracinés dans leur culture, de dignes descendants des grands navigateurs du Pacifique. Leur sens marin est extraordinaire. A l'aise dans les situations les plus périlleuses, ils ont toujours le sourire. Les manoeuvres ne sont pourtant pas simples dans des ports rudimentaires, voire pas de port du tout. Et le débarquement de passagers souvent agés et peu amarinés relève de l'exploit quotidien.
Mais le vrai rôle de l'Aranui, c'est l'acheminement du fret. Véritable poumon des îles, le bateau amène tout ce qui manque et enlève les maigres production locales, fruits et coprah. On reste médusé devant l'ingéniosité déployée pour manoeuvrer des charges lourdes dans des baies sans port.