Lofoten
Quand il remonte le long des côtes de Norvège, après avoir franchi le cercle polaire, le gulf-stream se heurte soudain à une formidable chaîne de montagnes surgies des profondeurs de l'océan. Les sommets émergés forment les îles Lofoten.
A une telle latitude la remontée des eaux chaudes crée un micro-climat. Nous sommes plus près du pôle nord que l'Islande ou l'Alaska, au niveau du centre du Groenland, et il gèle rarement en hiver. Au niveau de la mer du moins, parce qu'au sommet des montagnes qui atteignent rarement mille mètres, il y a encore de la neige fin juin.
Mais toute médaille a son revers et comme les montagnes arrêtent les nuages, il pleut souvent. En juin on peut profiter du soleil de minuit quand il y a du soleil à minuit. Heureusement il peut y avoir aussi du soleil à une heure, à deux heures et toute la nuit. Et s'il n'y a pas de soleil, au moins il fait jour toute la nuit. En décembre c'est moins marrant.
Au printemps, les morues quittent la mer de Barents pour venir pondre dans les eaux plus chaudes des Lofoten. Depuis des temps immémoriaux les pêcheurs des Lofoten les attendent chaque année. La pêche est la seule industrie de l'archipel (avec le tourisme). Les quotas drastiques et l'éviction des bateaux étrangers permettent de maintenir la ressource.
A la pointe de la dernière île, le courant se fait si violent qu'il engendre de dangereux tourbillons. C'est le légendaire Maelström. C'est là que Jules Vernes laisse supposer le naufage du Nautilus à la fin de "Vingt Mille Lieues sous les Mers".
"On sait qu'au moment du flux, les eaux resserrées entre les îles Feroë et Loffoden sont précipitées avec une irrésistible violence. Elles forment un tourbillon dont aucun navire n'a jamais pu sortir. Là sont aspirés non seulement les navires, mais les baleines, mais aussi les ours blancs des régions boréales."
Comme quoi tonton Jules racontait n'importe quoi. Il n'y a plus d'ours blancs aux Lofoten depuis au moins dix mille ans et les Féroë sont à deux mille kilomètres au sud-ouest. C'est bien un passage étroit qui accélère le courant, mais entre les Lofoten et l'îlot de Mosken, certes moins bien connu, mais beaucoup plus réel.
Quant au capitaine Némo qui a survécu et refait surface dans le Pacifique sud dans "l'Île Mystérieuse", il aurait pu rester attendre un jour de soleil pour voir les Lofoten avec leur petit coté polynésien.