Un curé chez les cannibales

Publié le par 7jardins

 

 En 1857, Monseigneur Dordillon fut envoyé par le Saint Siège à Nuku Hiva avec le titre d'évèque des Marquises, "pour évangéliser les cannibales" selon ses propres termes. L'archipel venait d'être annexé par la France sous Louis Philippe. Avec l'aide des marins de l'amiral Dupetit Thouars, il arriva à imposer la religion catholique à des populations décimées par les épidémies et l'alcoolisme. Et pour faire bonne mesure, il interdit la nudité,les chants, les danses, les tatouages et les cultes anciens.

 

En 1973, Monseigneur Hervé Le Cléac’h  est sacré évêque des Marquises. Comme son nom ne le cache pas, le prélat est breton. Enfant, il a vécu les déchirements de ces populations à qui l’on interdisait de s’exprimer dans leur propre langue. 

"Ma grand-mère ne parlait pas le français, ma mère le possédait fort mal et moi je me souviens encore des taloches reçues à l’école lorsque je faisais des fautes dans une langue qu’on ne pratiquait pas en famille. Je retrouvais aux Marquises un cas semblable à celui que j’avais connu enfant. Et j’avais vécu Mai 68 à Paris. Comment pouvais-je être décemment le pasteur d’un peuple dont je ne possédais pas l’idiome ? Comment annoncer la Bible sans qu’elle s’inscrive dans la culture de ceux dont je devais assumer l’éducation religieuse ? "

 

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Monseigneur Le Cléach est décédé l'année dernière, mais son oeuvre reste. Désormais la liturgie est en marquisien, mais la renaissance culturelle ne se limite pas à l'aspect religieux. Un festival des Marquises créé à son initiative rassemble tous les quatre ans dans une île différente une foule passionnée par tous les aspects de la culture ancestrale : chants, danses, tatouages, sculptures... A cet effet un site ancien est réhabilité à chaque fois.

 

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C'est à Nuku Hiva, dans la vallée de Taïpivaï, que le jeune Herman Melville, le futur  auteur de "Moby Dick", déserteur d'un bateau baleinier fut retenu prisonnier par une tribu locale. Son roman autobiographique "Taïpi" contribua à répandre le mythe des marquisiens cannibales. A noter toutefois que son compagnon d'aventure, sacrifié et dévoré dans le roman, est en réalité mort à Londres bien des années plus tard.

 

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Publié dans polynésie

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A
<br /> Ca ne m'étonne pas d'un Breton ces idées humanistes!<br /> <br /> <br /> Très interessant ton article, merci de nous faire partaget tes connaissances qui nous permettent d'aller au-delà de la carte postale!<br />
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