Iles à la dérive

Publié le par 7jardins

 

Quand le roman de Chantal Spitz " l'île des rêves écrasés" (1) est paru en 1991, il a provoqué un tollé général de la part de la bonne société de Papeete. Oser réclamer l'indépendance, critiquer les essais nucléaires, même à mots couverts, quel manque d'éducation !

Attiré par le parfum de scandale, je m'attendais à trouver un brûlot partisan. En fait ce roman est un chef d'oeuvre littéraire, décrivant à travers l'histoire d'une île imaginaire, Ruahine, une société tahitienne à la dérive.

"Ruahine présente tous les symptômes d'un pays sous développé avec une balance commerciale en dangereux déséquilibre, un peuple à la recherche de lui-même s'enfonçant de plus en plus dans l'alcool, la violence, la drogue et la délinquance. Vingt ans d'irresponsabilité politique ont creusé des inégalités révoltantes entre le peuple ma'hoi qui se prolétarise et s'analphabétise et une minorité de privilégiés qui s'enrichit."

 

Il suffit de passer quelques jours à Tahiti (pas dans un hotel, mais chez les "vrais gens" ) pour constater que le diagnostic n'a pas changé. Sauf que depuis la maladie a empiré !

 

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Quand la France qui vient de perdre le Sahara décide d'installer son centre d'expérimentation nucléaire dans le Pacifique, la Polynésie vit encore à l'écart du monde moderne. Les échanges s'y font encore souvent sous forme de troc. Pour attirer les compétences nécessaires dans ces contrées lointaines, on offre des salaires mirobolants.

Les essais nucléaires sont désormais un mauvais souvenir, mais les salaires sont restés. Difficile de revenir sur les avantages acquis.

Avec l'accession au statut de territoire, la Polynésie française a gagné une large autonomie interne. Les hommes politiques locaux sont maîtres chez eux. Maîtres de leur salaire : un président avec un salaire de président, 18 ministres avec des salaires de ministre, des chauffeurs de ministres,  des secrétaires de ministres, des directeurs de cabinet,  des chargés de mission, etc ... Ce à quoi il faut ajouter près de la moitié de la population qui est employée dans l'administration locale avec des salaires doubles de ceux de la métropole. Tout  celà pour 280 000 contribuables qui ne paient pas d'impôts directs.

C'est bien entendu la France qui comble le gouffre de ce budget en déséquilibre permanent. Mais pour faire bonne figure, le gouvernement local  a aussi recours aux impôts indirects qui font monter les prix.

Et les exclus du système, ceux qui ne sont ni fonctionnaires ni hommes d'affaire ? Dans les îles, ils vivent tant bien que mal, comme autrefois, de leurs terres et de la pêche, sans accès à l'éducation . A Tahiti où vit 70 % de la population polynésienne, c'est pour les chômeurs sans terre la misère la plus abjecte, les bidonvilles, les petits trafics, la drogue et la violence.

Mais pour les autres tout va très bien, pas d'inquiétude! Il n'y a jamais eu tant de gros 4x4 dans les rues de Papeete.

 

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L'élection d'Oscar Temaru, leader indépendantiste, ultra minoritaire, au poste de président à la suite de petits arrangements entre amis a définitivement discrédité le parti indépendantiste qui s'est montré au pouvoir aussi corrompu que les autres.

 

Aujourd'hui la Polynésie n'exporte plus rien. Les fruits pourrissent sur les arbres et on importe ceux de Nouvelle Zélande, moins chers. La pêche au large est inexistante: le thon polynésien revient trop cher pour être exportable. Une des solutions à ce problème serait de diviser les salaires et les prix par 2 pour devenir compétitif dans le Pacifique.

Ce n'est pas pour l'instant  un programme électoral.

 

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(1) Editions Au vent des Iles, Papeete

Publié dans polynésie

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monique75 24/01/2013 11:53


Bonjour Alain un beau reportage très dur pour cette société de survivre.


bon jeudi monique

Anne-Marie 24/01/2013 07:22


 Très interessant! On a l'impression à te lire , que tu décris un pays"sous-développé" en pourtant , il s'agit de la France! Je pense que la situation économique doi être identique en
Gouadeloupe, Martinique , à La Réunion...La face cachée du rêve!

7jardins 24/01/2013 08:37



Plutôt une république bananière ! Avec son statut de territoire (et même "pays associé") les lois françaises ne s'appliquent pas en polynésie. Il n'y a pas d'assurance chomage ni  de RSA
comme dans les départements d'outre mer. Pas non plus d'impot sur le revenu (plafonné à 15%) et une corruption incroyable ( le cas Gaston Flosse n'est pas isolé)