Et ça sent la morue
Aux Lofoten, depuis la nuit des temps on fait sécher le poisson pour le conserver pour la mauvaise saison ou pour le vendre au loin. Cette pratique est encore bien vivace malgré l'invention du congélateur. En juin la grande saison de pêche est déjà terminée et les séchoirs commencent à se vider. Ce qui reste continue à sécher sous la pluie.
A première vue ça ne semble pas très appétissant. Il flotte dans l'air une odeur caractéristique qui n'est pas sans rappeler celle de l'huile de foie de morue qui a bercé notre enfance. Quand on a le malheur de passer dessous par temps de brume on est aspergé de gouttelettes huileuse qui vous font vous sentir tout gluant et qui vous parfument pour la journée. Pendues deux par deux par la queue, elles sont des milliers, des millions peut-être ces tristes morues si sêches et si dures que même les mouettes les dédaignent de peur de s'y casser les dents.
Et quand on a vendu les filets en stockfish, il reste encore les têtes, enfilées en lugubres chapelets sur des échafauds champêtres. Danse macabre de têtes décapitées. Mais que peut-on faire de ces hideux trophées ? Les vendre bien sûr. Et on dit que l'argent n'a pas d'odeur ! Certaines voyageront jusqu'en Afrique où elles termineront dans la marmite en soupe vitaminée, d'autres resteront ici, réduites en farine pour nourrir les saumons qui tournent en rond dans leurs cages marines.
Emblème des Lofoten, des séchoirs à poissons désespérément vides sont souvent édifiés dans les lieux les plus improbables pour conforter l'image touristique du pays. Dans les îles de l'ouest, inaccessibles aux bateaux de croisière ils sont encore bien garnis.